AUBE, la saga de l’Europe 144
.. Depuis que, d’un accord unanime, on avait fixé
des règles afin que nul ne soit ruiné à jamais
en un tournoi, il y avait un enjeu maximum. Chacun nous savait
pauvres, sans audace. Ils furent tout surpris quand nous engageâmes
la plus haute mise. De bonnes âmes nous avertirent,
charitables. Nous courrions à la famine en cas de défaite.
D’autres se précipitèrent à notre enclos. Ils
voulaient s’assurer que nous avions de quoi l’honorer. Ce qu’elles
virent les tranquillisa. Nous pourrions payer. On l’accepta…
…
Pour que tu saisisses notre tactique, je t’explique plus en détail
nos règles…
… Il y a deux séries de combats.
Seuls ceux entre villages sont récompensés. Les autres
ne sont que parade sans sanction. À l’issue des duels, pour la
gloire seule, chacun rend le glaive, marqué au sceau d’un
clan, dont il s’est servi. Ils restent, toute la nuit, sous la garde
de prêtres de tous les wikos. Au matin, ils reviennent à
leur premier maître. Si ses armes sont belles et solides, il
les récupère toutes, intactes ou presque. Dans le cas
contraire – longtemps le nôtre –, il ne reçoit que
des bouts de métal tordus ou brisés. Et il doit se
battre avec pour éviter la honte et l’opprobre d’un abandon
pourtant justifié…
… Les combats à enjeux
commencent, qui favorisent les plus puissants. C’est d’ailleurs
pour ça qu’on a décidé d’une mise limite, sinon
le jeu serait faussé. On peut s’y présenter avec un
enjeu de quatre à trente-deux chevaux. Mais si l’on arrive
avec quatre bêtes, comme mon père, il faudra se battre
avec des clans aussi pauvres que soi, et les vaincre, pour se mesurer
aux plus riches. Les plus démunis (les plus mal armés)
livrent trois rudes combats avant de parvenir dans leur cercle
étroit. Nous n’y étions encore jamais parvenus. En
vérité, aucun n’a une chance sérieuse d’y
arriver. Si jamais, leurs guerriers sont déjà recrus de
fatigue. Ils ne peuvent tenir contre ceux des grands clans, frais et
dispos, qui ont eu le temps, pendant les premiers échanges, de
repérer leurs points ou leurs éléments
faibles…
… Toute la matinée, devant des spectateurs
rares et pour la plupart inattentifs, se sont battus les villages
pauvres. Sitôt le repas du midi terminé viennent les
combats qui comptent. Les grands clans, d’attaque face aux petits
arrivés là à force de coups, vont lutter. Le
vainqueur reçoit tous les coursiers mis en jeu. Il en offrira
quelques-uns aux plus vaillants. À huit clans, avec chacun
trente-deux chevaux, cela fait dans les cinquante mains de bêtes…
et trois batailles farouches, contre un adversaire chaque fois plus
fort, où il s’agit d’être le meilleur. À lui
reviendront toutes les mises, et la responsabilité d’organiser
le tournoi suivant. Chacun espère l’emporter. Ce n’est souvent
qu’un rêve. Pour nous, c’était une nécessité…

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